Dans
la grande tradition documentaire à laquelle je me réfère
(d’Eugène Atget à Thomas Struth, en passant
par Walker Evans Lee Friedlander ou Robert Adams, sans écarter
non plus les citations picturales et les “tableaux documentaires” d’un
Jeff Wall), mon principe est de photographier la simple réalité des
choses avec une certaine distance et une certaine neutralité.
Cela signifie que je ne cherche pas à en “rajouter”,
ni dans l’accablement, ni dans l’enjolivement,
ni dans la démonstration, ni dans l’effet visuel.
Mes photographies ne jugent pas, ne démontrent rien
: elles peuvent dire cependant la solitude, la mélancolie,
l’âpreté des choses, la déshérence
du paysage, mais aussi l’humour, l’ironie, la sensualité,
l’évident partage du plaisir d’être
là, de vivre la jubilation d’un paysage apparemment
ordinaire ou d’une situation apparemment anodine, d’être
souvent même dans un vrai moment de grâce : ici,
lorsque la lumière est violente et la solitude exquise;
là, lorsque la nature frissonne et le marcheur aussi
sous une pluie de printemps; ailleurs encore, lorsque quelques êtres “dansent”,
sans le savoir, dans le viseur de mon appareil photo. |